Introduction

Une progression spectaculaire, un potentiel immense

Ce fait n'a échappé à personne : la pratique du vélo a connu une progression spectaculaire à Lyon. Le trafic cyclable sur la métropole a augmenté de plus de 70 % entre 2019 et 2024. La Voie Lyonnaise 1, sur les quais du Rhône, bat des records de fréquentation1. Sur tout le territoire métropolitain, les comptages montrent une hausse régulière et soutenue du trafic cyclable, aussi bien à Vaulx-en-Velin qu'au parc de Lacroix-Laval, à Bron ou à Pierre-Bénite2.

Cette dynamique ne doit cependant pas cacher que le vélo, loin d'être hégémonique, reste un moyen de déplacement minoritaire, qui dispose encore d'un large potentiel de développement. Quant à la marche, elle est universelle : nous sommes toutes et tous, à un moment ou un autre, piétonnes ou piétons. Si les espaces publics étaient mieux adaptés, davantage de personnes choisiraient de circuler à pied.

Inversion de l'ordre des priorités6

Deux pyramides comparant la hiérarchie des modes de déplacement. Avant : véhicules motorisés privés à la base, piétons au sommet. Après : pyramide inversée, piétons à la base la plus large, véhicules motorisés privés au sommet le plus étroit.

Une attente forte

Les habitantes et habitants de la métropole expriment une attente forte : se déplacer à pied et à vélo, y compris entre les communes périphériques. La dynamique est déjà là. Elle est largement confirmée par le Baromètre Vélo 2025, qui a recueilli plus de 12 000 réponses dans la métropole de Lyon et montre la satisfaction croissante de la majorité des répondants3. Les records récents du Velo'v électrique4 vont dans le même sens.

Les associations locales de la marche et du vélo appellent ainsi à poursuivre la construction d'un système marche et vélo, amorcé dès les années 70 par des piétonisations sur la Presqu'île, puis poursuivi dans les années 2000 avec le lancement du service Vélo'v et la création de quais du Rhône réservés aux piétons et cyclistes.

La marche et le vélo participent à la tranquillité de l'espace public : silencieux et peu consommateurs d'espace, ils améliorent la qualité de vie en réduisant la pollution de l'air.

Particulièrement adaptés aux déplacements du quotidien, la marche et le vélo, seuls ou combinés aux transports en commun, offrent des solutions simples pour se rendre au travail ou à l'école, faire ses courses dans les commerces de proximité ou encore fréquenter les lieux culturels et de loisirs.

De nombreux déplacements professionnels peuvent aussi s'effectuer efficacement à vélo, par exemple pour les livraisons, ou dans les domaines de l'artisanat ou de la santé. Des entreprises, de plus en plus nombreuses, acquièrent des flottes de vélos de fonction.

Les modes actifs possèdent des atouts économiques déterminants. Ils alimentent une filière économique locale et s'inscrivent parfaitement dans un contexte économique et budgétaire contraint pour les collectivités. Leur déploiement est rapide et, pour un coût modeste d'investissement et d'entretien, ils complètent et renforcent l'efficacité des réseaux de transports en commun existants. Marche, vélo et transports collectifs sont ainsi de véritables alliés.5

Place au respect

Le développement des mobilités actives s'accompagne toutefois de tensions bien réelles : travaux, suppression de places de stationnement et de voies de circulation automobile ou encore comportements imprudents en agacent beaucoup au quotidien.

Nous devons collectivement être attentifs aux plus vulnérables, qui subissent nombre de conflits d'usage liés à l'évolution des modes de déplacement. La progression du vélo ne doit pas se faire au détriment des piétonnes et piétons. Des personnes âgées et/ou handicapées, mais aussi des enfants sont mis en danger quotidiennement dans la rue.

Marche, vélo, trottinette, transports en commun et voiture peuvent cohabiter de façon respectueuse, dans une rue accueillante pour tout le monde. Cela implique de renverser la hiérarchie des modes de déplacement, en élevant les piétons à son sommet. Viennent ensuite le vélo, et les transports en commun, avant la voiture pour celles et ceux qui en ont besoin.

Nous affirmons ainsi le droit fondamental de chacune et chacun à se déplacer en sécurité.

Comment améliorer les comportements ?

La cohabitation entre piétons, cyclistes et automobilistes en milieu urbain demande du respect mutuel. Trop de comportements sont irritants ou mettent en danger les autres, dont principalement : les excès de vitesse, le non-respect des priorités, le stationnement dangereux sur les trottoirs et sur les aménagements cyclables.

Trois leviers doivent être mobilisés de manière coordonnée afin de rendre l'espace public plus sûr et plus fluide, et apaiser les relations entre toutes et tous les usagers de la route :

  • Des aménagements adaptés qui favorisent les bons comportements et sécurisent les déplacements.
  • Des campagnes de sensibilisation pour mieux faire connaître les besoins et les contraintes de chaque mode de déplacement.
  • Des contrôles ciblés sur les zones accidentogènes.

Élargir les publics

La marche et le vélo peuvent et doivent être accessibles à toutes et tous, en particulier à celles et ceux dont l'autonomie de déplacement est limitée. Ces modes actifs contribuent à lutter contre la sédentarité et sont bénéfiques pour la santé physique et mentale7.

Les enfants et adolescents ont largement perdu la liberté de circuler qu'ils avaient auparavant, du fait, entre autres, de l'hégémonie de la voiture et des dangers qu'elle représente. Une rue accueillante rend les enfants plus autonomes et confiants en leurs capacités, à pied, à trottinette ou à vélo.

Les femmes marchent plus que les hommes en ville8, et réalisent plus de trajets de proximité. Il est essentiel de leur garantir des trajets plus sécurisants et confortables, notamment en luttant contre le harcèlement de rue. Le vélo, qu'elles sont deux fois moins nombreuses à pratiquer que les hommes, constitue pourtant un levier d'autonomie pour elles. Il permet des déplacements plus souples et maîtrisables.

Les personnes âgées en pertes de capacités et celles à mobilité réduite du fait d'un ou plusieurs handicap(s) peuvent souvent tirer un réel bénéfice de solutions adaptées de mobilité active, grâce auxquelles elles se déplacent sans aide humaine et gagnent en indépendance9. Par exemple, les vélos tricycles permettent à celles et ceux ayant des troubles de l'équilibre de circuler sans risque de chute.

Dans les quartiers périphériques, peu desservis, voire enclavés, avec des difficultés socio-économiques, la marche et le vélo sont essentiels à la mobilité quotidienne des habitants et habitantes ne disposant pas de voiture. Le vélo, en particulier, peut, à faible coût, réduire les difficultés d'accès à l'emploi, aux services et aux loisirs, et permettre de relier les communes.

Rendre aisée la pratique du vélo et de la marche pour l'ensemble de ces publics est la clé pour un développement plus large, fort et légitime de la marche et du vélo.

Construire ensemble

Les changements de mobilité modifient fortement les habitudes de vie. Ils doivent donc être construits avec les habitantes et habitants, ainsi qu'avec l'ensemble des acteurs concernés : enfants, étudiants, commerçants, professionnels de santé et de l'enfance, parents d'élèves, retraités, et aussi associations locales, conseils de quartier, centres sociaux, etc.

Cela passe par :

  • des temps de concertation : réunions et ateliers à horaires variés (en ligne ou en présentiel),
  • des dispositifs sur le terrain (stands, marches exploratoires...),
  • une plateforme digitale d'information, pédagogique et accessible, consultable à distance ou in situ, pour comprendre les enjeux du projet et contribuer à la réflexion collective.
Nous demandons la création d'un budget participatif métropolitain.

Nous demandons la création d'un budget participatif métropolitain pour élargir la participation citoyenne aux projets de voirie et aux compétences de la Métropole, à l'image de ce qui existe déjà dans les communes.

Les associations de la marche et du vélo doivent être parties prenantes des décisions car leur expertise en garantit la pertinence.

Que reste-t-il à faire ?

Beaucoup a déjà été réalisé. Mais beaucoup reste aussi à faire. Avec un budget de 40 €/an/habitant, on peut rendre la marche et le vélo aisés, agréables et économiques pour le plus grand nombre. L'objectif est de donner à chacune et chacun le choix de son mode de déplacement. Actuellement, de nombreuses personnes ne disposent pas de ce choix.

C'est l'objet de ce Plan vélo et marche citoyen de proposer des mesures qui peuvent contribuer à mettre en place un système marche et vélo abouti sur la métropole de Lyon. Il se veut un outil pour les candidates et candidats, puis élues et élus, et un guide pour les citoyennes et citoyens. La marche et le vélo sont en effet des sujets transpartisans, qui doivent aller au-delà des clivages politiques.

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